Il y a huit ans, j’écrivais sur l’installation de panneaux solaires photovoltaïques sur le toit de mon garage : le point de départ de ce qui est depuis devenu un système complet de stockage solaire par batterie ici dans les Alpes. C’était un projet DIY avec des micro-onduleurs plug-and-play, chacun relié à deux panneaux, convertissant le courant continu en courant alternatif et se branchant directement sur une prise domestique. À l’époque, beaucoup m’ont dit que c’était soit impossible, soit dangereux. Ce n’était ni l’un ni l’autre. Je le faisais en France, où c’était parfaitement légal, et les Allemands le pratiquaient depuis des années.
Ce qui est intéressant, c’est que l’idée a fait un tour complet. Ces « centrales de balcon » sont aujourd’hui l’un des moyens les plus populaires pour se lancer dans le solaire. Et alors que j’écris ces lignes, en grande partie à cause de la situation actuelle dans le détroit d’Ormuz, le gouvernement britannique cherche activement à modifier ses normes électriques pour autoriser exactement ce que je faisais en 2018.
La première installation : une expérience formatrice
Le système d’origine a bien fonctionné pendant plusieurs années. Puis, un par un, les micro-onduleurs ont commencé à tomber en panne. La cause : la chaleur. Un toit en tôle sous le soleil alpin s’est révélé être un environnement peu adapté à l’électronique. C’est aujourd’hui bien connu des installateurs expérimentés, et les fabricants ont d’ailleurs mis à jour leurs appareils pour y remédier. Le risque reste réel cependant : si ces micro-onduleurs tombent en panne, il faut monter sur le toit et déposer les panneaux pour y accéder, ce qui n’est pas une mince affaire.
Le fournisseur chinois a bien communiqué, jusqu’au moment où il a compris que je ne parlais pas d’une seule unité défaillante, mais de toutes. À ce moment-là, silence total. Voilà la leçon à retenir : quand on achète à un fournisseur lointain sans présence locale, le service après-vente ne vaut que ce que le fournisseur est prêt à perdre pour vous. Les panneaux eux-mêmes fonctionnent toujours. Tous. Les panneaux sont robustes ; c’est l’électronique qui peut lâcher.
Bien faire les choses : première étape, mai 2025
J’ai donc décidé de repartir de zéro et cette fois de faire appel à un installateur professionnel. Trois points à régler cette fois :
- La question du triphasé (évoquée dans l’article d’origine) : ma maison est alimentée en triphasé, ce qui complique l’autoconsommation
- Une installation d’onduleur correcte : accessible et à la cave plutôt que sur un toit brûlant
- Prévoir l’intégration future d’une batterie
J’ai fait appel à une entreprise locale, Leman Solar, qui a réalisé la mise à niveau en deux jours. Les nouveaux panneaux font 440W chacun, contre 270W pour les anciens. Toujours onze panneaux, mais une puissance presque deux fois supérieure. La technologie avance.
Les anciens panneaux ? Je n’ai pas pu me résoudre à les envoyer au recyclage alors qu’ils fonctionnent encore parfaitement. J’avais de la place sur mon terrain, alors ils ont eu une seconde vie là-bas. C’est un projet que je peux réaliser moi-même, en m’appuyant facilement sur le travail réalisé par Leman Solar. Je les ai consultés au préalable, bien sûr !
Cette fois, le système est connecté à une application : je peux voir en temps réel, minute par minute sur mon téléphone, ce qui est produit. Il est vite apparu que 11 x 440W produit bien plus d’énergie que je ne peux en consommer dans la maison, même en chargeant la voiture. Les bons jours, la voiture était pleine en milieu d’après-midi et le surplus repartait simplement vers le réseau. Gratuit pour EDF, mais sans aucun bénéfice pour mon retour sur investissement.
Deuxième étape : stockage solaire par batterie, novembre 2025
L’installation avait été conçue dès le départ pour accueillir une batterie, et six mois plus tard, une batterie de 14 kWh a été posée. En été, la logique est simple : les panneaux chargent la batterie pendant la journée, et la batterie alimente la maison le soir et la nuit. Très peu d’énergie, voire aucune, provient du réseau.
En hiver, il n’y a pas assez de soleil pour remplir la batterie avec les seuls panneaux, mais une batterie n’est pas inutile pour autant. La mienne fonctionne en « arbitrage » : elle se charge aux heures creuses à environ 13c/kWh et se décharge en journée quand l’électricité coûterait autrement 21c/kWh. Le système est efficace à 95 %, ce qui représente une économie nette d’environ 7c par kWh cyclé. Pas spectaculaire, mais ça s’accumule jour après jour.
Les chiffres
| Jan | Fév | Mar | Avr | Mai | Juin | Juil | Août | Sept | Oct | Nov | Déc | Année | |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Avant (€) | 571 | 446 | 386 | 264 | 257 | 195 | 180 | 181 | 186 | 269 | 371 | 582 | 3 888 |
| Après (€) | 444 | 282 | 239 | 115 | 100 | 2 360* | |||||||
| Économie | 22 % | 37 % | 38 % | 56 % | 61 % | 39 % |
*Projection sur l’année complète basée sur janvier à mai
La tendance est claire. En janvier, l’économie était de 22 % : modeste, mais la batterie gagnait déjà sa place grâce à l’arbitrage seul. En mai, nous économisons 61 % par rapport au même mois l’année précédente. En ce moment, certains jours nous ne prenons aucune énergie du réseau. La voiture se charge gratuitement. Nous nous attendons à ce que cela continue jusqu’en septembre.
Le coût total s’élève à 7 000 € pour les panneaux et l’onduleur, et 7 000 € supplémentaires pour la batterie, soit 14 000 € au total. Face à une économie annuelle projetée d’environ 1 300 € (de 3 888 € à environ 2 000 €), cela représente un retour sur investissement simple de 10 à 11 ans. Rappelons que cela couvre tout : le chauffage, la cuisine, le télétravail, et jusqu’à 5 personnes dans la maison. Et 20 000 km par an de recharge de voiture électrique. C’est beaucoup de carburant non acheté. Aux prix actuels à la pompe — environ 2,03 €/L pour l’essence et 2,20 €/L pour le gazole — 20 000 km dans un SUV classique coûteraient entre 3 000 € et 3 600 € en carburant. Le même trajet en voiture électrique revient à environ 500 € en électricité, et de mai à septembre, grâce au solaire, à presque rien.
Un retour sur investissement de 10 ans peut sembler long, mais cela équivaut à un rendement de 10 %. Vous n’obtiendrez pas ça sur un livret d’épargne, en bourse, ni même avec un investissement immobilier. Bien sûr, l’inconvénient par rapport à ces placements est que vous ne pouvez pas récupérer votre argent facilement, et si vous vendez votre maison, vous laisserez probablement le matériel derrière vous. Cela dit, des charges courantes faibles constituent indéniablement un argument de vente, donc je ne considère pas cet argent comme perdu.
Quelle taille de batterie choisir ?
C’est une question délicate. Internet vous dira de dimensionner la batterie selon votre consommation journalière maximale, mais je ne pense pas que cette approche soit adaptée au contexte alpin. Notre consommation hivernale peut être extrême : chauffage, séchage d’équipements, journées courtes. Si l’on dimensionnait une batterie pour tout couvrir, le coût serait énorme.
Une meilleure façon d’aborder la question : qu’attendez-vous réellement de la batterie ? En été, même une batterie modeste suffit à passer la nuit sur l’énergie solaire seule. En hiver, elle fait principalement de l’arbitrage, et pour cela 14 kWh sont largement suffisants. Et je fais ça pour économiser de l’argent, pas pour la performance.
La bonne nouvelle, c’est que les prix des batteries ont chuté considérablement — environ cinq à dix fois moins cher par kWh sur la dernière décennie — et ils continuent de baisser. Si vous hésitez sur la taille, opter pour un système conçu pour accueillir une batterie plus grande ultérieurement est une approche raisonnable. Elles sont modulaires. Si les prix baissent encore et rendent un investissement supplémentaire pertinent, j’achèterai simplement une nouvelle « brique » à empiler sur ce que j’ai déjà.
Triphasé ou monophasé : faut-il basculer ?
De nombreuses maisons en France, notamment dans notre région, sont raccordées en triphasé. Faut-il passer en monophasé pour simplifier l’installation solaire ? La réponse n’est pas simple, alors parlez-en à votre installateur. Il y a des avantages et des inconvénients dans les deux cas selon votre configuration. Ce que je dirais, c’est : ne laissez pas ça vous freiner. C’est gérable ; mon système fonctionne sur les trois phases, mais il faut y réfléchir dès le départ, pas en cours de route. J’avais abordé ce point dans l’article d’origine ; c’est encore plus pertinent maintenant avec une batterie dans l’équation. Pour les démarches administratives côté réseau, tout passe par Enedis.
Le problème des coupures de courant
Voici quelque chose qui surprend souvent : avec un système solaire et batterie raccordé au réseau, vous ne pouvez pas alimenter votre maison lors d’une coupure de courant. Contre-intuitif, je sais. Vous avez des panneaux sur le toit et une batterie à la cave, et rien ne fonctionne quand le réseau tombe. La raison est liée à la sécurité : le système se coupe automatiquement pour ne pas réinjecter du courant sur le réseau pendant que des techniciens y travaillent.
Il est possible de contourner cela avec du matériel supplémentaire, mais le coût est nettement plus élevé. Mon avis est que pour la plupart des habitants des Alpes, cela n’en vaut pas la peine. La fiabilité de notre réseau électrique est vraiment bonne ici. C’est une vraie question si vous êtes dans un endroit isolé, mais pour la majorité d’entre nous, c’est un problème théorique plutôt que pratique.
Faut-il attendre une voiture électrique V2G ?
La technologie vehicle-to-grid (V2G), qui permet à votre voiture électrique de servir de grande batterie pour votre maison, est en train de devenir réalité. Renault montre la voie, avec la Mégane E-Tech et la Renault 5 qui proposent désormais la compatibilité V2G. En principe, une batterie de voiture de plus de 40 kWh que l’on peut décharger dans sa maison le soir est une proposition séduisante. J’avais évoqué cette possibilité dès 2018 et il est satisfaisant de voir que cela devient enfin concret.
Faut-il attendre ? C’est une question de coût d’opportunité. On peut toujours attendre : le V2G, des batteries moins chères, de meilleurs panneaux, la prochaine innovation. Mais pendant ce temps, vous payez l’électricité plein tarif. Les économies que je réalise maintenant sont réelles et s’accumulent. Attendre la perfection a un coût.
Mes conseils
- Prévoir la batterie dès le départ. Une installation non prévue pour une batterie coûte plus cher à faire évoluer.
- Passer par un installateur local avec une vraie garantie. Je sais où se trouve le bureau de Leman Solar. C’est important.
- Installer l’onduleur dans un endroit accessible. La cave a été parfaite.
- Penser au triphasé tôt. Si votre maison est en triphasé, assurez-vous que votre installateur le prend en compte dès le premier jour.
Comme toujours, le calculateur solaire de l’UE est un excellent point de départ pour estimer votre propre production.
Et si vous êtes en Haute-Savoie et souhaitez en discuter, n’hésitez pas à nous contacter. Ou directement avec Leman Solar sur www.leman-solar.fr.




































