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Non loin du lac Léman, au cœur du Chablais, se trouve le village de Saint-Jean-d’Aulps. Aujourd’hui, il est surtout connu pour sa proximité avec les stations de ski de Morzine et d’Avoriaz. Mais en 1966, une coulée de boue a dévalé la vallée, marquant durablement le paysage et ceux qui en ont été les témoins. Ce qui suit est un peu d’histoire, et un rappel pour ceux qui vivent dans les montagnes, que la nature a toujours le dernier mot.

La zone bleue
Lorsque nous avons acheté notre maison à Saint-Jean-d’Aulps il y a 23 ans, le notaire nous a informés qu’elle se trouvait dans une « zone bleue », une zone à risque de catastrophes naturelles. À l’époque, je n’ai pas cherché à en savoir plus, car ma femme attendait notre premier enfant (Jacques est né le lendemain) et je me concentrais sur la finalisation de l’achat de notre nouvelle maison. J’ai d’abord supposé que le risque provenait des avalanches, la montagne surplombant notre maison s’élevant à 900 mètres. Avant la Première Guerre mondiale, le versant avait été défriché pour le pâturage, mais depuis lors, les fermiers avaient largement abandonné ces terres et le flanc de la colline s’était reboisé. Selon moi, les avalanches ne pouvaient pas se déclencher dans une forêt aussi dense.
Peu après avoir emménagé, notre voisin, M. Huneau, s’est présenté. Bien qu’il ne soit pas originaire de la région, il avait été directeur de l’école locale 20 ans auparavant, ce qui faisait de lui une personnalité connue dans la vallée. Il m’a demandé si j’étais au courant de l’inondation historique et m’a montré du doigt la rivière à 200 mètres en contrebas de notre maison. Il m’a expliqué qu’une coulée de boue s’était produite plus haut dans la vallée, avait descendu la rivière et bloqué le pont non loin de chez nous, formant un lac qui avait englouti une partie de notre terrain. Il était difficile de visualiser ce qu’il décrivait, je ne m’y suis donc pas attardé.

La coulée de boue de 1966
Nous sommes aujourd’hui en 2025 et la catastrophe naturelle décrite par M. Huneau s’est produite au début du mois de mai 1966, il y a près de 59 ans. Au fil des ans, j’ai entendu des récits de cet incident de la part de plusieurs habitants de la région. Récemment, l’un d’entre eux a partagé une série de photographies prises à l’époque par le journal local, Le Dauphiné Libéré. Ils m’ont autorisé à en publier quelques-unes ici.
La cicatrice laissée par le premier glissement de terrain est visible lorsque vous skiez sur le circuit de Saint-Jean-d’Aulps. Elle se trouve sur la gauche lorsque vous passez devant le restaurant des Follys et est indiquée sur la carte IGN sous le nom de Le Covagny.
Les inondations en avril et mai ne sont pas rares. Les périodes humides combinées à la fonte des neiges peuvent provoquer de tels événements. Dans notre cas, la rivière a creusé une vallée encaissée, le terrain est rapidement gorgé d’eau, ce qui peut déclencher un glissement. En tant que guide de randonnée formé à la géologie de la région, plus j’en apprends, plus je m’inquiète. Une grande partie de la « roche-mère » locale présente un aspect stratifié, avec des couches de calcaire et de schiste susceptibles de glisser, à la manière des avalanches. C’est ce qu’on appelle le Flysch, un terme peu parlant sauf pour les géologues. Il y a également une abondance d’argile, déposée dans ces vallées lorsqu’elles ont été inondées et ont formé un lac à la fin de la dernière période glaciaire, il y a 20 000 ans. Ajoutez de l’eau et vous obtenez une combinaison instable.

Lac de Vallon / Bellevaux
D’après ce que j’ai entendu et lu, le glissement de terrain s’est produit progressivement, avec une masse de boue et de limon descendant la rivière, balayant les petits ponts et les arbres sur son passage. Lorsqu’elle a atteint le grand pont du Jourdil, elle s’est bloquée, formant un lac de boue qui a remonté la vallée. Un événement similaire s’est produit 20 ans plus tôt (1943) de l’autre côté du Col des Follys, à seulement 4 km de là. Ce glissement de terrain a créé un nouveau lac, le lac de Vallon, qui existe encore aujourd’hui.
Dynamiter les Gorges des Tines
Les autorités locales craignaient que, si le pont du Jourdil venait à céder, le glissement ne continue à descendre la vallée jusqu’à la Dranse. Le prochain rétrécissement sur son parcours est la gorge que la rivière traverse au niveau du Tunnel des Tines. Apparemment, l’armée aurait été appelée pour étudier la possibilité de miner ce passage afin de faire sauter la gorge. L’étranglement par lequel passe la Dranse ne fait que quelques mètres de large et s’il venait à être bloqué, les dommages à Saint-Jean-d’Aulps seraient considérables.

La nature gagne toujours
Cet incident nous rappelle que la gravité et les conditions météorologiques finissent par faire dévaler les montagnes, et que ceux qui y vivent risquent d’être les témoins de ce processus.
Si vous souhaitez connaître les risques auxquels votre bien immobilier français pourrait être exposé, vous pouvez consulter ce site web pratique.
https://www.georisques.gouv.fr
De nos jours, même lorsque vous cherchez une propriété en France sur internet, vous trouverez un lien vers ce site web pour vous avertir des risques. Lorsque j’indique mon adresse, les risques auxquels nous sommes confrontés sont les suivants : inondations, tremblements de terre, glissements de terrain et avalanches !

- Le Covagny, site du glissement de terrain, est visible sur la carte IGN.
- Le pont des Mouilles
- Le pont du Jourdil